La mauvaise santé mentale touche plus d'une personne sur cinq dans les pays de l'OCDE et de l'UE-27 et réduirait l'espérance de vie en bonne santé de 2,5 ans, les jeunes, les femmes et les personnes de faible statut socio-économique étant particulièrement concernés. Axé sur la dépression et l'anxiété, ce rapport met en évidence les solides arguments économiques en faveur d'investissements dans de meilleures politiques de santé mentale. Il montre comment des interventions fondées sur des données probantes dans les soins primaires, les écoles et les lieux de travail peuvent améliorer les résultats de santé et stimuler la croissance économique grâce à une productivité accrue et une meilleure participation au marché du travail. Nombre de ces interventions sont rentables, voire économiques. Toutefois, leur impact global demeure faible en raison d'une mise en œuvre insuffisante à grande échelle. Pour obtenir des améliorations significatives, les pays doivent adopter une approche plus systémique qui renforce la conception et la mise en œuvre des interventions, élargit leur couverture et les investissements, et s'attaque aux causes profondes de la souffrance psychique.
Veille documentaire - Santé mentale
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"Comment participer activement à son traitement psychotrope ? Quelles informations demander à son médecin ? Quand peut-on parler de la diminution ou de l’arrêt du traitement médicamenteux ?" Voici quelques-unes des questions abordées dans le nouvel article que nous consacrons aux médicaments psychotropes. Nous avons notamment enrichi les informations sur les bénéfices espérés, les effets indésirables de ces médicaments et les situations particulières (grossesse, grand âge, canicule, etc.). Cet article vise à renforcer l’accès à une information fiable et indépendante, à favoriser le dialogue entre professionnels de santé et personnes concernées et à soutenir le pouvoir d’agir de ces dernières.
De manière générale, quel que soit leur niveau d’études, les étudiants sont confrontés à de multiples sources de stress, telles que des formations exigeantes, des relations interpersonnelles parfois difficiles avec les pairs ou les enseignants (Basson & Rothmann, 2019 ; Bewick et al., 2010 ; Mertens et al., 2020), l’isolement social, la pression des pairs, ainsi que des déséquilibres entre les études et la vie personnelle (Bergin & Pakenham, 2015). Ces facteurs de stress peuvent perturber les activités quotidiennes et constituer un obstacle majeur à la réussite académique et à l’obtention du diplôme (Vaez & Laflamme, 2008). Ils sont également associés à une diminution de la satisfaction de vie et de la confiance en soi, voire, dans certains cas, à l’émergence d’idées suicidaires (Fawzy & Hamed, 2017 ; Martineau et al., 2017).br
Chez les doctorants, ce mal-être apparaît particulièrement marqué. Une étude menée auprès de 3 659 doctorants en Flandre (Levecque et al., 2017) met en évidence l’ampleur des difficultés de santé mentale rencontrées par cette population. Les résultats indiquent qu’environ un tiers des doctorants en sciences sociales et en sciences présentent un risque de développer un trouble psychiatrique courant, se traduisant notamment par un sentiment de pression constante, de mal-être ou de dépression. Par ailleurs, plus de la moitié des doctorants (51 %) déclarent avoir ressenti au moins deux symptômes de mauvaise santé mentale (e.g., stress, anxiété) au cours des semaines précédant l’enquête, indiquant un niveau élevé de détresse psychologique. De plus, 32 % rapportent au moins quatre symptômes, suggérant un risque accru de trouble psychiatrique, avec une prévalence plus de deux fois supérieure à celle observée dans des groupes de comparaison composés de personnes hautement diplômées (Levecque et al., 2017). De manière convergente, Barry et al. (2018) montrent que les doctorants présentent des niveaux de dépression, d’anxiété et de stress supérieurs à ceux de la population générale appariée en âge.br
Au regard de cet état préoccupant, plusieurs chercheurs ont développé des programmes visant à améliorer la santé mentale des étudiants. Ces interventions (voir Grégoire et al., 2016) reposent majoritairement sur l’Acceptance and Commitment Therapy (ACT), une thérapie cognitive et comportementale de troisième vague développée par Hayes (1999), et ont montré leur efficacité pour améliorer le bien-être mental. En France, le programme ETUCARE, initialement conçu par des psychologues et chercheurs de l’Instance Régionale d’Éducation et de Promotion de la Santé ainsi que de l’Université Lyon 2, a permis d’améliorer le bien-être des étudiants (Theurel et al., 2026, en cours de révision). Toutefois, les mécanismes sous-jacents à cette amélioration restent encore limités dans la littérature. De plus, ce programme, initialement structuré en huit modules, nécessite des ajustements afin d’être adapté à une population spécifique de doctorants.br
L’objectif principal de cette étude était donc de tester l’efficacité d’une version révisée du programme ETUCARE, condensée en quatre ateliers de psychoéducation, auprès de doctorants, afin de favoriser leur bien-être mental et leur flexibilité psychologique (i.e., capacité à faire face à ses états internes de manière constructive, sans se laisser envahir ou paralyser par ceux-ci). En psychologie de la santé, la flexibilité psychologique est considérée comme le summum de la santé mentale. Dans cette étude, la flexibilité psychologique, l’inflexibilité psychologique ainsi que le bien-être mental ont été mesurés. Les hypothèses formulées étaient que ces ateliers permettraient (1) d’augmenter le bien-être mental, (2) d’augmenter la flexibilité psychologique et de diminuer l’inflexibilité, et (3) que l’augmentation du bien-être serait médiée par la flexibilité psychologique.br
L’étude a suivi un protocole interventionnel comparant un groupe participant aux ateliers (groupe interventionnel) et un groupe sans atelier (groupe contrôle). Les participants ont été évalués en T1 (avant le premier atelier) et en T2 (après le dernier atelier) à l’aide de deux instruments : le Multidimensional Psychological Flexibility Inventory (mesurant la flexibilité et l’inflexibilité psychologiques) (Grégoire et al., 2020) et la Warwick-Edinburgh Mental Wellbeing Scale (mesurant le bien-être mental) (Trousselard et al., 2016). Les réponses étaient recueillies grâce à des échelles de Likert allant de 0 à 5. Le groupe contrôle a été évalué aux mêmes moments que le groupe interventionnel. Dans le groupe « ateliers », les doctorants participaient à quatre sessions hebdomadaires structurées comme suit : (1) identifier les obstacles et les ressources personnelles face aux défis académiques ; (2) explorer et mettre en pratique des stratégies de gestion du stress ; (3) travailler sur les émotions et les relations interpersonnelles ; (4) réaliser un bilan et identifier des stratégies personnalisées de bien-être au quotidien. L’échantillon était composé de 57 doctorants, répartis entre un groupe interventionnel (n = 29) et un groupe contrôle (n = 28).br
Dans un premier temps, une analyse par test t de Student a été réalisée afin de comparer l’évolution du bien-être (T2 − T1) entre les deux groupes. Les résultats montrent un effet significatif, t(55) = 2.25, p = .028, indiquant que les participants du groupe ateliers ont davantage progressé en termes de bien-être que ceux du groupe contrôle (β = −0.29), ces derniers présentant un niveau de bien-être plus limité. L’hypothèse H1 est ainsi soutenue. Une analyse de médiation a ensuite été menée afin d’examiner le rôle de la flexibilité psychologique dans la relation entre la participation aux ateliers et le bien-être mental. Les résultats montrent que la participation aux ateliers prédit une augmentation de la flexibilité psychologique (p < .001), soutenant l’hypothèse H2. Par ailleurs, la flexibilité psychologique est positivement associée au bien-être (p = .013). L’effet indirect est également significatif (p = .041), indiquant un effet de médiation. En revanche, l’effet direct de la participation aux ateliers sur le bien-être n’est pas significatif (p = .283). L’inflexibilité psychologique ne diminue pas pour notre groupe ateliers. Ces résultats suggèrent que les ateliers favorisent le bien-être principalement via l’augmentation de la flexibilité psychologique, soutenant ainsi l’hypothèse H3.br
Dans l’ensemble, le programme ETUCARE apparaît prometteur pour améliorer le bien-être et la flexibilité psychologique des doctorants. Toutefois, plusieurs limites doivent être soulignées. Tout d’abord, l’absence d’essai contrôlé randomisé crée un biais ainsi que des différences en baseline entre les groupes. Les résultats doivent donc être interprétés avec prudence. Une réplication de l’étude selon un protocole d’essai contrôlé randomisé permettrait de mieux contrôler ces biais. Par ailleurs, une extension de ce dispositif pourrait être envisagée auprès de populations plus à risque, telles que les étudiants en situation de décrochage académique.
Ce rapport, rédigé par le Dr Alexandre Caron, médecin de santé publique et directeur médical de Cemka (bureau d’étude en santé) et Laure Bezannier, consultante Santé Publique de Cemka, est le fruit d’une revue exhaustive de la littérature publiée entre 2015 et 2025. Il a été réalisé à la demande de l’OFDT, qui s’interroge sur la manière de mesurer les risques liés aux pratiques d’écrans dans ses enquêtes chez les adolescents et les jeunes adultes. Avant tout, le rapport souligne les limites de l’outil de mesure historiquement employé : le fameux 'temps d’écran'. Prenant en compte de nouveaux critères liés au contexte et au contenu, il fait le bilan des conséquences sur la santé des jeunes et propose des pistes pour les protéger des effets parfois délétères (mais pas uniquement) des écrans. [Résumé d'éditeur]
La recherche EDGAR a donnée lieu à la production de plusieurs types de ressources, dont des vidéos. La vidéo "Regards croisés" met en image les principaux enseignements de la recherche. Elle illustre, à travers la parole des personnes concernées, les résultats de l’enquête et propose un parcours synthétique et accessible des expériences et des enjeux identifiés.
L’association Droit Pluriel, en partenariat avec l’Espace de réflexion éthique d’Île-de-France et le GHU Paris Psychiatrie & neurosciences, a mené une recherche qualitative visant à mieux comprendre l’impact de cette judiciarisation sur le travail en psychiatrie. En prenant pour point de départ la procédure de notification des droits aux personnes hospitalisées sans leur consentement, la recherche s’appuie sur des entretiens et des focus groups pour croiser les expériences, les difficultés et les attentes exprimées par celles et ceux directement concernés.
Comment décrire le trouble de la jeunesse face aux dérèglements environnementaux et climatiques ? Les termes d’« écoanxiété » et d’« anxiété climatique » sont les plus fréquemment utilisés, mais ils ne reflètent pas toute la complexité de la détresse émotionnelle, mentale ou physique ressentie par certaines personnes. Une nouvelle étude les remet en question.
Loin de la surveillance constante qui domine dans de nombreux pays, les parents danois laissent davantage leurs enfants expérimenter, se tromper et prendre des risques mesurés. Une philosophie éducative qui pourrait favoriser la confiance en soi et l’autonomie.
Un message peut être scientifiquement exact et produire néanmoins des effets non désirés sur les attitudes et les comportements du public. La recherche sur la stigmatisation montre que c'est précisément le cas du cadrage biologique exclusif. Un message honnête intègre ce que les données disent sur les effets de ses propres cadrages, y compris quand ces effets sont contraires aux intentions.
Dans un contexte où le mal-être au travail est une réalité et parfois peu compris, des chercheurs et chercheuses des Universités de Liège et de Gand se sont penchés sur le burn-out, un véritable problème de santé publique. En Belgique, selon les chiffres à disposition, et en particulier au sein des administrations fédérales, les troublés liés au stress représentent aujourd’hui une part importante des absences de longue durée. Dans le cadre de leur projet de recherche RE-Born (Return to Work after BurnOut), des chercheurs se sont concentrés sur des axes jusque-là mis de côté dans la recherche sur le burn-out : « le pendant », « l’après » burn-out et la phase d’accompagnement du retour au travail, en développant des outils concrets pour soutenir les travailleurs et les organisations.
Parler du suicide permet de le prévenir. Comment identifier et comprendre les conduites suicidaires ? Comment les aborder ? Ce numéro de Rhizome cherche à saisir la manière dont ces expériences, traversées par la souffrance, les ruptures et les traumatismes, appellent à des réponses politiques et cliniques ajustées. Il montre comment les ressources relationnelles préviennent et soutiennent la traversée de la crise suicidaire, mais aussi comment la précarité et l’isolement creusent les vulnérabilités face au suicide. Ces constats nous rappellent combien la santé mentale est aussi une affaire sociale.
De plus en plus de personnes confient leurs coups de blues ou difficultés psychiques plus profondes à l’intelligence artificielle. Un usage qui interfère avec le suivi effectué par les professionnels de la santé mentale et peut avoir de lourdes conséquences.